Quand une direction demande combien coûte le stress au travail, la réponse française tient en une fourchette : entre 2 et 3 milliards d'euros. Ce chiffre est cité partout. Ce qu'on précise beaucoup plus rarement, c'est ce qu'il recouvre — et surtout de quand il date.
Ce que dit l'estimation, et ce qu'elle ne dit pas
L'estimation provient d'une étude conduite par l'INRS avec Arts et Métiers ParisTech. Elle porte sur le coût social et agrège quatre postes : les dépenses de soins, l'absentéisme, les cessations d'activité et les décès prématurés.
Le point décisif est que les auteurs la présentent eux-mêmes comme une évaluation minimale : elle ne couvre moins d'un tiers des situations de travail fortement stressantes. Le chiffre n'est donc pas une mesure du phénomène, c'est un plancher documenté.
Une seconde estimation circule à l'échelle européenne, autour de 20 milliards d'euros par an. Elle est plus ancienne encore.
Le problème : les dates
| Estimation | Montant | Année de l'étude | Ancienneté au 13 août 2026 |
|---|---|---|---|
| Coût social du stress au travail, France | 2 à 3 milliards d'euros | 2007 | 19 ans |
| Coût du stress, Europe | ≈ 20 milliards d'euros par an | 2002 | 24 ans |
Dix-neuf ans, c'est plus qu'un problème d'actualisation monétaire. Entre 2007 et aujourd'hui se sont intercalés la généralisation du numérique dans le travail, le télétravail de masse, la reconnaissance croissante des affections psychiques d'origine professionnelle — dont les reconnaissances hors tableau progressaient encore de 9 % en 2024 — et une transformation profonde de la manière dont les salariés parlent de leur santé mentale.
Citer 2 à 3 milliards d'euros aujourd'hui sans dire « chiffre de 2007, évaluation minimale » revient à donner une fausse impression de précision. C'est pourtant l'usage courant.
Ce qu'un employeur peut faire de ce vide
La conclusion pratique n'est pas d'abandonner le chiffrage, elle est de le déplacer à l'échelle de l'entreprise. Un coût national vieux de dix-neuf ans ne convainc pas une direction financière ; un coût interne, calculé sur des données réelles, si.
Quatre postes se calculent avec ce qu'une entreprise a déjà dans ses systèmes :
- L'absentéisme : jours perdus, coût des remplacements, heures supplémentaires induites chez ceux qui restent.
- Le turnover : coût de recrutement, durée de montée en compétence, savoir-faire perdu.
- La sinistralité : effet des reconnaissances sur la tarification des risques professionnels.
- Le recrutement contraint : postes ouverts plus longtemps, concessions faites à l'embauche.
Aucun de ces quatre postes ne demande d'étude externe. Tous sont datés, vérifiables et propres à l'entreprise — ce qu'aucune moyenne nationale ne sera jamais.
Ce que disent les chiffres
- Le chiffre de référence français est un plancher, pas une mesure. Il couvre moins d'un tiers des situations concernées, de l'aveu de ses auteurs.
- Il n'a pas été refait depuis 2007. C'est en soi un constat sur la priorité accordée au sujet.
- Le chiffrage utile est interne. Quatre postes, tous calculables à partir de données que l'entreprise possède déjà.
Questions fréquentes
Peut-on encore citer les 2 à 3 milliards d'euros ?
Oui, à condition de citer l'année — 2007 — et de préciser qu'il s'agit d'une évaluation minimale. Présenté sans ces deux mentions, le chiffre induit en erreur.
Existe-t-il une estimation plus récente ?
Aucune estimation française récente de portée équivalente n'est publiée sur ce périmètre à la date de rédaction de ce dossier. Si une nouvelle étude paraît, cette page sera mise à jour.
Comment chiffrer le coût du stress dans mon entreprise ?
En partant des quatre postes ci-dessus, avec vos données internes. Un chiffre imparfait mais interne et daté vaut mieux qu'une moyenne nationale ancienne.
💡 Pour agir : notre calculateur du coût de l'absentéisme produit une estimation à partir de vos effectifs et de votre taux réel. Le Kit prévention des RPS détaille le repérage des signaux faibles et la procédure de signalement.
Sources
INRS, Stress au travail — Conséquences pour l'entreprise, estimation issue d'une étude INRS et Arts et Métiers ParisTech, année 2007 pour la France, 2002 pour l'estimation européenne. Assurance Maladie - Risques professionnels, Rapport annuel 2024, pour la progression des affections psychiques. Chiffres relevés le 13 août 2026. Réutilisation libre de cette analyse avec un lien vers cette page.