Si l'on ne devait retenir qu'une seule maladie professionnelle en France, ce serait celle-là. Les troubles musculo-squelettiques dominent si nettement les statistiques que les autres pathologies en deviennent des lignes secondaires. Et pourtant leur trajectoire réserve une surprise : depuis plus de dix ans, leur nombre ne monte plus.
Une domination écrasante
L'INRS retient que les TMS représentent plus de 80 % des maladies professionnelles reconnues. Le rapport 2024 de l'Assurance Maladie - Risques professionnels retient, lui, une part de 90 %.
Cet écart n'est pas une erreur, c'est une information. Les deux chiffres ne portent ni sur la même année ni exactement sur le même périmètre de tableaux, et les publications retiennent des regroupements différents. La leçon de méthode est simple : sur ce sujet, un chiffre sans sa date et son périmètre ne vaut rien. Les deux bornes disent la même chose — les TMS sont l'écrasante majorité du sujet.
La courbe qui a cessé de monter
Le tableau 57 du régime général, qui couvre les affections périarticulaires, concentre l'essentiel des reconnaissances : environ 40 000 cas par an. Ce volume a augmenté continûment de 1993 à 2011, puis s'est stabilisé à partir de 2012. L'année 2020 fait exception, avec une baisse directement imputable à la pandémie et à l'arrêt d'une partie de l'activité.
Deux autres tableaux complètent le tableau d'ensemble, à des ordres de grandeur bien inférieurs : le tableau 69, lié aux vibrations, avec environ 100 cas par an, et le tableau 79, lésions chroniques du ménisque, avec environ 600 cas par an.
Le coût : la partie que l'on sous-estime
| Indicateur | Valeur | Année |
|---|---|---|
| Journées de travail perdues | plus de 11 millions | 2021 |
| Coût couvert par les cotisations des entreprises | 1 milliard d'euros | 2021 |
| Cas reconnus au titre du tableau 57 | ≈ 40 000 par an | stable depuis 2012 |
Onze millions de journées perdues, rapportées à une année de travail individuelle, représentent l'équivalent de plusieurs dizaines de milliers d'emplois à temps plein immobilisés. Et le milliard d'euros mentionné ne couvre que ce qui transite par les cotisations : il ne comprend ni la désorganisation, ni les remplacements, ni la perte de compétence.
Où ils frappent
Les secteurs les plus touchés sont l'agroalimentaire, la métallurgie, la construction automobile, le bâtiment et les travaux publics, le transport et la logistique, la propreté et l'aide à la personne. À cette liste s'ajoute un cas à part, qui concerne une grande partie des entreprises tertiaires : le travail sur écran.
C'est le point qui intéresse le plus une direction des ressources humaines de bureau, parce qu'il est le moins visible. Une entreprise sans machine ni port de charge se croit hors du sujet TMS ; elle ne l'est pas.
Ce que disent les chiffres
- La stabilisation n'est pas une victoire. Quarante mille cas par an depuis douze ans, c'est un plateau haut, pas une décrue.
- Le coût réel dépasse largement le coût affiché. Le milliard d'euros est la part mutualisée ; la désorganisation reste à la charge de l'employeur et n'apparaît dans aucune statistique.
- Le tertiaire n'est pas épargné. Le travail sur écran figure explicitement parmi les situations à risque.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un TMS exactement ?
Un ensemble d'atteintes des muscles, tendons, nerfs et articulations, principalement au niveau des membres supérieurs et du dos, favorisées par les gestes répétitifs, les postures contraignantes, les efforts et les vibrations. L'organisation du travail y joue un rôle au moins aussi grand que le geste lui-même.
Pourquoi le volume s'est-il stabilisé depuis 2012 ?
Les statistiques constatent le plateau sans l'expliquer. Plusieurs facteurs peuvent y contribuer — évolution de la structure des emplois, effets de la prévention, évolution des pratiques de reconnaissance — mais les attribuer sans étude dédiée relèverait de la spéculation.
Un TMS peut-il concerner un poste de bureau ?
Oui. Le travail sur écran figure parmi les situations identifiées comme à risque, en raison des postures maintenues et de la répétitivité des gestes.
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Sources
INRS, Troubles musculosquelettiques — Statistiques, d'après les données de l'Assurance Maladie - Risques professionnels, chiffres 2021 pour les journées perdues et le coût. Assurance Maladie - Risques professionnels, Rapport annuel 2024, pour la part des TMS dans les maladies professionnelles. Chiffres relevés le 13 août 2026. Réutilisation libre de cette analyse avec un lien vers cette page.